« Tu travailles toujours autant ? »
« Oui, en grande partie. »
« Toujours en ville la semaine ? »
« La plupart du temps. »
« Ça doit être épuisant… »
Ils parlaient de ma vie comme d’une météo capricieuse, jamais comme d’un choix.
Puis la question attendue arriva, douce, presque bienveillante :
« Et personne de spécial pour l’instant ? »
Je souris avec ce sourire appris depuis des années, chaleureux mais opaque.
« Je vais bien », répondis-je.
Dans une famille simple, cela aurait suffi. Pas dans la mienne. Le silence était toujours perçu comme une invitation.
Ma sœur, verre à la main, parfaitement apprêtée, saisit l’instant.
« Tu as déjà 37 ans et toujours célibataire ? Ça ne doit pas être facile de passer le Nouvel An toute seule. »
Quelques rires automatiques suivirent. Personne ne voulait vraiment blesser. Mais personne ne voulait non plus rompre la mise en scène.