Mariée depuis neuf ans : le silence brisé

« Tu travailles toujours autant ? »

« Oui, en grande partie. »

« Toujours en ville la semaine ? »

« La plupart du temps. »

« Ça doit être épuisant… »

Ils parlaient de ma vie comme d’une météo capricieuse, jamais comme d’un choix.

Puis la question attendue arriva, douce, presque bienveillante :

« Et personne de spécial pour l’instant ? »

Je souris avec ce sourire appris depuis des années, chaleureux mais opaque.

« Je vais bien », répondis-je.

Dans une famille simple, cela aurait suffi. Pas dans la mienne. Le silence était toujours perçu comme une invitation.

Ma sœur, verre à la main, parfaitement apprêtée, saisit l’instant.

« Tu as déjà 37 ans et toujours célibataire ? Ça ne doit pas être facile de passer le Nouvel An toute seule. »

Quelques rires automatiques suivirent. Personne ne voulait vraiment blesser. Mais personne ne voulait non plus rompre la mise en scène.