Mariée depuis neuf ans : le silence brisé

Je ne m’attendais à rien de nouveau dans cette pièce.

Le lustre au-dessus de la table à manger de ma mère avait toujours été un peu trop lumineux, écrasant les visages sous une clarté impitoyable. Le soir du Nouvel An, avec les étoiles argentées collées aux vitres et le buffet dressé avec un soin presque théâtral, toute la maison semblait s’efforcer d’être festive. Les verres tintaient bien avant minuit, bien avant que la chaleur prétendue de la famolle ne s’installe vraiment.
Je me tenais près du bout de la table, un verre intact à la main. Cela m’occupait, m’évitait de croiser les bras. Les manteaux s’entassaient dans la chambre d’amis, les bottes mouillées maculaient le carrelage de l’entrée, et la télévision murmurait en fond sonore. Dehors, la neige assombrissait l’impasse. Dedans, tout sentait le beurre, le jambon glacé et les bougies à la cannelle que ma mère sortait chaque décembre, comme si un parfum pouvait à lui seul sauver une tradition.

Je connaissais le déroulé de la soirée par cœur. D’abord les questions polies. Ensuite les comparaisons. Puis les remarques déguisées en sollicitude. On me demandait des nouvelles du travail avant de me demander comment j’allais, parce que l’ambition était acceptable tant qu’elle restait provisoire. Quelqu’un évoquait mon âge avec compassion. S’il y avait assez de vin, ma sœur finissait par dire à voix haute ce que tout le monde pensait à voix basse.